SL- langue chinoise moderne 1
LA LANGUE CHINOISE MODERNE-1
Différence morphème-lexème
C’est une différence fondamentale entre la langue chinoise classique et la langue chinoise moderne la langue classique est essentiellement monosyllabique, soit un caractère = un mot, ou, à chaque unité de forme correspond une unité de sens. C’est un morphème.
Au XIX° siècle la Chine est confrontée à une irruption brutale du monde occidental, ses techniques, ses machines, ses concepts. Il en découle la nécessité de s’adapter à ce monde nouveau avec une écriture qui ne connaît ni laser, ni téléphone, ni avion, ni communisme, ni jazz. C’est par l’association de deux (ou plus) caractères que les chinois forment des MOTS nouveaux, comme fei-ji (voler-machine = la machine qui vole (le déterminant précédant toujours le déterminé en chinois) donc l’avion). Nous avons là deux morphèmes (deux caractères) qui forment un mot, une unité de sens : c’est ce qu’on appelle un lexème. C’est l’invention des lexèmes qui a permis à la langue chinoise de s’adapter au monde moderne et à son occidentalisation.
Exemples : dian-hua (électrique-parole = téléphone)
Dian-nao (électrique-cerveau = ordinateur)
Wo-lun-pen-qi-shi-fa-dong-ji (tourbillon-aube(hélice)-exhaler-air-catégorie-impulser-mouvement-machine : turboréacteur !)
LA STRUCTURE DE BASE DE LA LANGUE CHINOISE (1)
Premier texte :
Zhong/guo-da, ri/ben-xiao
(milieu/pays-grand, soleil/racine-petit)
Zhong/guo (pays(empire) du milieu = Chine
Ri/ben : soleil-racine (source) : le pays du soleil levant = Japon
Traduction : La Chine est grande, le Japon est petit.
Remarque : c’est un aspect fondamental de la langue chinoise : l’absence de verbe " être " en tant que copule reliant un attribut à un nom.
Cela découle des, principes de base de la pensée chinoise pour laquelle la seule réalité stable est…le changement. Pour les chinois, les feuilles des arbres ne peuvent être vertes puisqu’elles sont vert clair au printemps, vert sombre l’été, puis jaunes, rouges, brunes et… mortes. C’est la mutation, le transformation constante, le cycle qui sont la base de la réalité. C’est un hiatus culturel important de dire " les femmes sont yin et les hommes sont yang ". cela découle de notre façon de voir le monde, mais aussi de l’ordre social fortement hiérarchique confucéen.
De cette phrase zhong/guo-da, ri/ben-xiao nous pouvons déduire le statut de l’adjectif en chinois :
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- il est un adjectif
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- Autre exemples : qing-tian : bleu-ciel : ciel bleu.
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- Lü-cha : vert-thé, Thé vert .
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(désolé pour la lapalissade !) : da-guo (grand-pays : grand pays), da-ren, grand-personne = grande personne, adulte. On note ici cette obligation de placer le déterminant avant le déterminé.
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- IL EST UN VERBE: da signifie " grand " mais surtout " être grand ", et même, sous certaines conditions contextuelles " grandir ". Selon les sinologues, d’ailleurs, tout nom chinois est potentiellement un verbe !
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Exemple
Ye-hong-le : feuilles-rouge-(mot grammatical) : les feuilles rougissent.
Enfin, l’adjectif a un troisième statut : il est comparatif.
Dans la phrase zhong/guo-da, ri/ben-xiao, da (grand) et xiao (petit) signifient que la Chine est PLUS grande que le Japon, et le Japon PLUS petit que la Chine.
Dans une phrase neutre, le potentiel comparatif de l’adjectif est annulé par l’adverbe hen :
Ni-hao-ma ? (toi-bien-est-ce que ? = comment tu vas ?)
La réponse est " wo-hen-hao ", soit " moi-(hen)-bien " = je vais bien.
Si l’on dit " wo hao " (moi-bien), cela fait nécessairement référence à autre chose, par exemple " j’étais malade hier, et aujourd’hui ça va " : il y a comparaison. En fait " wo hao " ne signifie pas " je vais bien " mais " je vais MIEUX " ! C’est le potentiel comparatif de l’adjectif.
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- LA QUESTION EN CHINOIS :
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Il existe deux sortes de questions en chinois, les questions fermées et les questions ouvertes.
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- LES QUESTIONS FERMEES
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Ici ni-hao-ma (toi-bien-est-ce que ?) est une question fermée. C’est à dire que la réponse est contenue dans la question.
Il y a deux façons de poser une question fermée en chinois :
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- La forme en " ma " :
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" ma " est une particule modale, toujours placée en fin de phrase et qui indique le mode interrogatif. La suffixation d’une phrase affirmative avec ma suffit à transformer celle-ci en phrase interrogative.
Exemple :
Ta-qu-zhong/guo-ma ?
Il/elle-aller-Chine- ma ?
(va-t-il/elle en Chine ? est-ce qu’il/elle va en Chine ?)
On remarque que, en cas de réponse positive, il suffit de reprendre la phrase en supprimant ma ! : ta-qu-zhong/guo (il/elle va en Chine, il/elle y va) Notons que cette phrase peut être traduite tout simplement par " oui " (cf-infra)
2-La forme " interro-alternative " :
C’est une particularité originale de la langue chinoise :
Exemples :
Ni-hao-bu-hao ?
(toi-bien-pas-bien ?)
Comment vas-tu ?
Ni-qu-bu-qu-zhong/guo ?
(toi-aller-pas-aller-Chine ?)
Est-ce que tu vas en Chine ?
Zhong/guo-da-bu-da ?
(Chine-grande-pas-grande ?)
Est-ce que la Chine est grande ?
Cette structure découle des pratiques divinatoires de la dynastie Shang. On voit là la permanence des traces du lointain passé de la Chine jusque dans sa grammaire contemporaine !
En effet, les devins considéraient que " poser une question au ciel " était inconvenant ! Cela reviendrait à donner un ordre au ciel ! D’autre part, la divination était (et reste encore aujourd’hui en Chine) une science et non, comme on le dit depuis le XIX° siècle, une " superstition prélogique ". Il y a donc démarche expérimentale. Enfin, notez que la divination chinoise est une divination du PRESENT et non du futur comme en occident. La pratique divinatoire chinoise consistait donc à réaliser deux séries d’opérations divinatoires, l’une pour " la situation est favorable " et l’autre " pour la situation n’est pas favorable ". La pratique était expérimentale en ce sens que l’on attendait que le futur valide l’oracle de telle ou telle proposition. Si la situation s’était finalement révélée favorable, les carapaces divinatoires correspondant à " la situation n’est pas favorable " étaient jetées, et on conservait le bon oracle pour son analyse future.
La forme " interro-alternative " découle directement de cette pratique. Elle est équivalente à un formulaire du type " cochez la bonne réponse " : " vous allez, vous n’allez pas, en Chine ". La réponse est au choix : " je vais ", " je ne vais pas ", comme sur les carapaces de tortues.
(Notez qu’elle est strictement équivalente sur le plan sémantique à la forme en ma )
B-LES QUESTIONS OUVERTES :
La question ouverte est celle dont le locuteur ne connaît pas la réponse.
Exemples :
Ni-shi-na-guo/ren ?
Toi-être-quel-pays-personne ?
Tu es de quelle nationalité ? (1) cf-infra
Ou
Ta-shi-shei ?
Il/elle-être-qui ?
Qui est il/elle ? (1) idem
Ou
Shei-qu-zhong/guo ?
Qui-aller-Chine ?
Qui va en Chine ?
Ou
Ta-qu-nar ?
Il/elle-aller-où ?
Où va-t’elle/il ?
Dans cette forme de question on utilise des pronoms interrogatifs. Ici : na= quel/le ?, shei = qui ?, nar=où ?.
On remarque que la place des pronoms interrogatifs est celle de la réponse qu’ils appellent
Ni-shi-na-gou/ren ?
Wo-shi-fa-guo/ren
De même :
Ta-shi-shei ?
Lui/elle-être-qui ?
Réponse : ta-shi-wang/xiao/jie
(elle-être-mademoiselle Wang)
shei-
qu-zhong/guo ?qui
ta-
qu-zhongguo(elle-aller-Chine)
Elle
Ta-qu-nar ?
Elle-aller-où ?
Ta-qu-riben.
Elle-aller-Japon
Elle va au Japon.
NOTE INTERCULTURELLE
Quel est le statut de la question en chinois ? ou COMMENT DIT ON " OUI "OU " NON " EN CHINOIS ?
En chinois, il existe le mot " luoji " pour signifier " logique ". on remarque qu’il s’agit d’une transcription phonétique de LOGIC en anglais. Autant dire que le concept de logique est absent de la culture chinoise ! Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de constater que Leibnitz qui, comme beaucoup de philosophes des Lumières était fasciné par la Chine, a inventé la numération binaire en s’inspirant du Livre des Mutations qui construit un système à partir du principe de l’alternance yin-yang pour fonder le système binaire " oui-non " qui est la base de la logique et du raisonnement discursif alors que la culture chinoise ignore tout de ce type de raisonnement ! ! !
En réalité, les mots " oui " et " non " n’existent pas en chinois.
Pour dire " oui " à la question : ni-qu-zhong/guo-ma ? (toi-aller-Chine-ma ? équivalente à la question ni-qu-bu-qu-zhong/guo ? toi-aller-ne pas-aller-Chine ?), on répond " oui " en reprenant le verbe : " qu ! " (aller ! = " oui ! "), ou " bu-qu ! " (ne pas-aller ! ") pour " non ! "
Dans un dictionnaire français-anglais, à l’item " oui " on trouvera " yes " et dans un dictionnaire français-allemand " ja ". Dans un dictionnaire français-chinois, en face de " oui ", on trouve une… définition ! Les chinois n’ont pas de mots pour " oui ", ni pour " non ".
La question a en Chine un statut bien différent de chez nous !
Exemple :
Un chef d’entreprise convoque ses cadres pour les informer de la réforme qu’il va mettre en route pour son entreprise. Quand il a terminé, il dit : " Est-ce que vous avez des idées à ce sujet ? ".
Personne ne dit rien, sauf un cadre qui se lève et se met à critiquer vivement le projet du chef d’entreprise. Ce dernier écoute les propos de ce cadre et quand ceux-ci sont clos il déclare en prendre bonne note et congédie l’assemblée.
Trois jours plus tard, le cadre est muté en province et quelques semaines plus tard, à la défaveur d’une peccadille commise par celui-ci, il est rétrogradé de trois niveaux dans la hiérarchie des cadres de l’entreprise (notez que depuis la récupération de Confucius par l’empereur Wudi de la dynastie Han, la société chinoise est très fortement hiérarchisée).
Il faut bien comprendre que ceci n’est pas la réaction autoritaire d’un chef d’entreprise vexé qui se " vengerait " sur un cadre récalcitrant. En réalité tout est affaire de " dialectique " yin-yang.
En Chine, rien n’est bien ou mal. Une chose est " bien " si elle est opportune, cette même chose est " mal " si inopportune. Quand le chef d’entreprise demande si ces cadres ont " des idées ", il ne s’agit pas de le critiquer à ce moment-là ! la raison discursive n’est pas la penchant des chinois ! le chef dit " j’ai un projet, il ne s’agit pas de le critiquer mais nous allons le soumettre à l’épreuve du REEL et s’il apparaît qu’il ne fonctionne pas, je compte bien sur vous pour avoir des idées A CE MOMENT LA ! Le patron n’a pas posé une question, il a indiqué que, plus tard, " il serait opportun que des idées relèvent la mienne ". En tant que chef d’entreprise, donc haut placé dans la hiérarchie, il est yang et doit inspirer du yin (soumission) à ses employés. Mais il n’exclut pas, en vertu de l’alternance yin-yang, que son idée perde de sa pertinence dans un certain temps, perde d’à-propos (inopportun) et donc à ce moment-là c’est lui qui sera yin et il espère bien que ces cadres seront yang. Il n’a posé aucune question ! Pas de " oui, je suis d’accord " ni " non, je suis pas d’accord "…
Autre anecdote : lors d’un incident survenu en Chine auquel j’étais mêlé pour avoir secouru un instant un infirme victime des mauvais traitements psychologiques que lui infligeaient des villageois, le vieil homme qui conduisait la charrette sur laquelle nous nous déplacions me demanda : " Etes vous catholiques ? "… une question chinoise.. attention aux questions chinoises ! ! !
Quand on pose une question, on est en principe YIN : " Je m’en remet à vous, je ne sais pas aussi bien que vous, instruisez moi s’il vous plaît ! ". de ce fait, la personne qui va répondre à la question est YANG : " je vais vous dire ! Je m’affirme ! "
Attention ! Il est évident que le vieux chinois qui me demande " Etes vous catholique ? " ne me pose pas vraiment une question ! Il a une idée derrière la tête. C’est ce qu’on appelle du yang latent ou yang non-manifesté. Rappelons nous de la graphie de " arbre " sur les jiaguwen : la ramure (manifesté) et les racines (non-manifesté).
En réalité, il est évident que c’est à moi d’être yin : je n’ai pas à répondre " Oh lala, comme vous y allez ! Ce n’est pas aussi simple ! Ce n’est pas parce que nous sommes européen que nous sommes forcément catholiques ! En fait c’est plutôt non, etc…. " En fait : je n’ai pas à répondre " NON ! ". Devant la nécessité d’être yin (c’est LUI qui a une idée, pas moi), j’ai donc répondu " OUI ", mettant en retrait mes " convictions ".
Il a donc encore posé une " question " : " Alors vous pensez qu’il faut aider les pauvres ? " Allais-je répondre " Oh lala ! il n’y a pas que les catholiques qui ont une âme compatissante ! "… Non, encore une fois j’ai répondu " oui ".
Et c’est alors qu’il s’en est allé à des confidences rares et exceptionnelles sur son statut de catholique clandestin et bien d’autres propos que peu d’occidentaux peuvent recevoir d’un chinois. Il avait bien été opportun de se fondre dans la situation que cet homme proposait à notre appréciation et pour laquelle il était juste de ne pas s’affirmer (le débat philosophique n’a guère de valeur en Chine). On voit ici la complexité du statut de la question en chinois !
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