SL-LE TEMPS EN CHINOIS (1)
LE TEMPS, " LE " ET L’ASPECT DU VERBE ou " Après la pluie le beau temps "
Nous sommes en 2009. C’est à dire que deux mille neuf années se sont écoulées depuis l’an 1. Ces années s’enfilent sur un axe infini. C’est " notre " calendrier, celui que les chinois ont adopté au début du XX° siècle. Un axe sur lequel glisse le présent qui sépare le passé du futur.
Dans beaucoup de quotidiens chinois, il y a deux dates inscrites en première page : le 2 mai 2009 et tel jour de l’année jichou (buffle de terre) : cette dernière est la date dans le calendrier traditionnel chinois.
Or, s’il n’y a qu’une année 2009, il a déjà eu 79 années jichou depuis le début légendaire du comput chinois qui est d’ailleurs totalement indifférent au fait que selon celui-ci nous serions en 4765 ! Ceci signifie que pour les chinois le temps n’est pas linéaire comme chez nous, mais CYCLIQUE. Encore une fois, c’est ici une marque ancestrale du féminin sur la psyché, la langue et la cosmologie chinoises. Pour les chinois, nous sommes la 25° année du 79° cycle sexagésimal (ou cycle jiazi).
Il y a bien deux façons de percevoir le temps. Prenons un exemple : Noël.
Il y a eu Noël 2000, puis Noël 2001, Noël 2002, etc… Il y a Noël 2009 et il y aura Noël 2010, puis 2011, etc…
Pour les chinois il y a Noël, c’est tout. Le premier exemple est divisé en " il y a eu ", " il y a " et " il y aura ". Pour les chinois " il y a ", c’est tout. Puisque les verbes chinois ne se conjuguent pas, on entend des personnes affirmer que les verbes chinois sont toujours " à l’infinitif " ! Quel infinitif ? Il n’y a pas d’infinitif en chinois ! Le verbe chinois est toujours " il y a ", il est toujours au présent, un présent médian, pour le pas dire " médium ", qui fait le lien entre passé et futur, qui les unit dans un cycle.
C’est le valeur d’un anniversaire, idée que les chinois expriment de deux façons. Il y a shengri, (naître-jour) pour l’anniversaire d’une personne, et zhounian (cycle-année) pour celui d’un événement : le cycle, notion fondamentale dans la culture chinoise. Si on prend comme référence un événement désagréable, la psyché ne fonctionne pas de façon linéaire : " Je m’éloigne sans cesse de cette date " mais bien de façon cyclique : pendant les six mois qui suivent cette date " je m’en éloigne ", mais pendant les six mois suivants, " je m’en rapproche ".
Les caractères chinois sont invariables (langue non-flexionnelle) mais c’est cette perception cyclique du temps qui justifie l’absence de temps du verbe en chinois.
La divination chinoise est une divination du présent : " Le futur est contenu en germes dans le présent " Quand Confucius parle de " l’âge d’or ", il est bien évident qu’il fait référence aux " vertueux sages des temps anciens " mais on doit considérer cet âge d’or comme étant… devant nous !
Dans le vers de SU Dongpo (11° siècle) : ming/yue-ji-shi-you, ba-jiu-wen-qing/tian
(lumineux/lune-quel-moment-avoir, tenir-verre-demander-bleu/ciel = Quand y aura-t-il la pleine lune ? demandai-je au ciel d’azur, le verre à la main (…Note : " …et passablement éméché ", ce n’est pas seulement le rédacteur de ces lignes qui l’affirme, la préface du poème est claire à ce sujet ! ! !), le verbe you (avoir = il y a) correspond à une présence latente (donc future) de la pleine lune, laquelle pleine lune est un souvenir (passé), et on demande au ciel d’azur (présent) qui retient par sa lumière la pleine lune à venir.
La divination chinoise étant une divination du présent (voir l’invisible : les caractères " arbre " figurant les racines, le caractère " soleil " présentant les taches solaires qui se disent en chinois heizi, les " graines noires ", " voir l’étoile polaire en plein jour " (Livre des Mutations) elle est à l’affût des CHANGEMENTS D’ETATS. Le verbe " être " n’existe pas en langue classique et son usage est limité dans la langue moderne : l’état des choses n’est pas ce qui intéresse les chinois, mais bien les changements d’état !
PAS DE TEMPS DU VERBE EN CHINOIS : ALORS COMMENT FONT-ILS ?
Rien de plus simple !
Observons :
wo-jintian-shang-ke
je-aujourd’hui suivre-cours
Aujourd’hui, j’ai cours.
Wo-zuo/tian-shang-ke
Je-hier-suivre-cours
C’est hier que j’avais cours
Wo-ming/tian-shang-ke
Je –demain-suivre-cours
Demain j’irai en cours
On voit que shang-ke, le verbe " aller " en cours ou " être " en cours n’a jamais été infléchi. C’est peu de choses que de dire que le chinois est pauvre en morphologie !
Dans la seule phrase " wo-shang-ke " (je-suivre-cours), en absence de contexte comme de marque de temps, le verbe shang est dans un état " indifférencié " ou " superposé " (" quantique " pourrait-on dire !) de présent, passé et futur.
Le temps, en chinois, est simplement marqué : " aujourd’hui, hier, demain, dans six mois, il y a trois jours, quand j’étais petit, sous la dynastie Tang, la 12° année du règne de Kangxi des Qing, l’année guihai du 61° cycle, etc… " (notez au passage que les dates de règne des empereurs servent de calendrier ! L’empereur : la mesure du temps, ainsi l’a décidé l’empereur Wu des Han…)
Bien sûr, cela ne va pas sans nous poser quelques problèmes. Si l’absence de conjugaison est un " argument commercial " pour séduire les personnes qui hésitent à se lancer dans l’apprentissage du chinois, on se garde bien de révéler que le traducteur occidental est confronté à la difficulté de retrouver nos temps du verbe et leurs concordances dans une langue qui n’en a pas ! La version est à ce titre un exercice parfois difficile.
(à suivre)
Le verbe chinois contient indifféremment le passé le présent et le futur, il respire dans les trois aspects du temps. Le caractère JIN (le présent) indique : " Ce que l’on tient des trois directions du temps, le présent ", les trois directions étant figurées dans le caractère, un indicateur sert à montrer le présent parmi les trois.