sl-la phrase chinoise : un problème de gestion de l'objet
PROBLEMES DE GESTION DE L’OBJET DANS LA PHRASE CHINOISE
Nous avons vu que la phrase chinoise obéit à la structure de base SVO (Sujet-Verbe-Objet).
Mais on rencontre vite, avec l’enrichissement de la phrase, des difficultés pour gérer l’objet, sa place étant très souvent « prise » par d’autres éléments prioritaires. Comme…
1-LE COMPLEMENT D’APPRECIATION (OU COMPLEMENT DE DEGRE)
Prenons la phrase suivante :
Wo-shuo-hao
Je-parler (ou dire)-bien
Que signifie-t-elle ? En fonction des deux sens du verbe shuo (parler ou dire) elle peut signifier :
- Je parle bien. (le chinois, par exemple)
Ou
- Je dis : « Bien ! ».
En fait, il n’y a pas d’ambiguïté. Car si l’on considère le principe SVO, seule la deuxième phrase est correcte. Hao, (bien) suivant le verbe il s’agit bien d’un objet, l’objet de mon discours : « Je dis : Bien ! ».
La première traduction est mauvaise, elle est correcte en français mais n’existe pas en chinois. L’appréciation que l’on porte sur une action ou une compétence (c’est le cas ici) ou le degré que peuvent atteindre sentiments et émotions doivent être marqués grammaticalement pour ne pas être confondus avec un objet.
On utilise donc un marqueur, le caractère de (attention, ce n’est le même de que pour la relation de détermination ! Notons de(d) pour la relation de détermination et d-(a) pour le complément d’appréciation).
Ce caractère se place juste après le verbe, et constitue une sorte de « panneau routier » qui indique que l’on se trouve en présence d’un Complément d’appréciation. Je répète : le complément d’appréciation doit toujours se placer après le verbe.
Pour dire « Je parle bien », on aura donc la structure suivante :
Wo-shuo-DE(a)-hao
Je-parler/dire-DE(mot grammatical)-bien
« Je parle bien »
ta-pao-de(a)-hen-kuai
Il/elle-courir-de(a)-très vite
Il/elle court très vite
Zhong/guo/ren-chi-de(a)-hen-kuai
Milieu/pays/homm (chinois)-manger-de(a)-très-vite
Les chinois mangent très vite. (Note : en chinois on dit « man man chi ! » pour « bon appétit ! ». man man chi signifie « mangez lentement » ! Ce qui est un conseil judicieux (« savourez ce que vous mangez ») mais peu suivi d’effets !!!
Comment va-t-on faire pour dire : « Elle parle bien le chinois.» ?
Ici nous avons un problème de gestion de l’objet car nous arrivons à une concurrence de deux règles : celle qui veut que l’objet suive le verbe et celle qui veut que le complément d’appréciation suive également le verbe.
Dans ce cas, c’est le complément d’appréciation qui a priorité. Nous devons donc déplacer l’objet.
Il y a trois façons de le faire :
1- Antéposition simple : S + O + V + Complément d’appréciation.
Exemple : Pour « elle parle bien chinois » on a :
Ta-han/yu-shuo-de(a)-hen-hao.
Elle-chinois/langue (le chinois)-parle-de(a)-très-bien.
Elle parle très bien chinois.
2- Répétition du verbe : forme étrange mais obéissant à la logique des règles. Puisque l’objet doit suivre le verbe et que le complément d’appréciation également, on répète le verbe ! :
S + V + O + V + Complément d’appréciation.
Ta-shuo-han/yu-shuo-de(a)-hen-hao
Elle-parler-chinois-parler-de(a)-très-bien
Elle parle très bien chinois.
3- LE THEME DE PHRASE :
Le thème de phrase est un usage très fréquent en chinois. Il s’agit d’une antéposition rhétorique, emphatique, de l’objet. C’est la forme : « Le jazz, j’adore ! » dans cet exemple, « le jazz » est un thème de phrase, une sorte de titre du discours qui suit. On annonce « je vais parler du jazz ».
On a donc, en chinois :
Han/yu-ta-shuo-de(a)-hen-hao
Chinois-elle-parler-de(a)-très-bien
Elle parle très bien chinois ou « Le chinois, elle le parle très bien ».
Le thème de phrase est très usité en chinois. C’est une façon de ne pas se mettre en avant comme sujet, - modestie chinoise, héritage taoïste, thème de la fusion de l’être avec ce qui l’entoure, le Nature, celle-ci englobant l’Autre. Cette forme crée une fusion entre le sujet et l’objet : dans « le chinois, elle le parle très bien », quel est le véritable sujet ? C’est « la langue chinoise et moi » dont on parle.