le caractère guo

Publié le par Lorraine -han F. Pauchot

guo, "le pays"国 

Sens originel du caractère GUO, zhongguo, faguo, meiguo de Guo... généralement traduit par "pays", ce qu'il signifie aujourd'hui.

Mais, selon le professeur Huang Xinya ( Huang= jaune, Xinya : nouvelle Asie) ce caractère avait un sens différent autrefois. Différent comme le monde était différent !

D'abord, il ne faut pas trop chercher de sens à cette "jade enfermée dans une frontière" (cette clé de l'enclos étant assimileé à "frontière" parce qu'on traduit guo par pays... ) En fait, il s'agit d'un caractère simplifié qui s'écrivait autrefois avec la même clé mais qui enchâssait le caractère "HUO" de HUOZHE (ou bien, ou...) : il s'agissait donc d'un idéophonogramme (l'enclos pour le sens, HUO pour le son)

Mais ne trouvez-vous pas que ce "carré" est un peu rectiligne pour figurer une frontière ? D'autant que... l'idée de frontière est une idée très récente (18°-19° siècles) : regardez les cartes anciennes, on y lit bien "Royaume de France", "Duché de Bretagne", "Duché de Lorraine" , etc.... mais jamais on y voit de frontières !!! En fait, "l'enclos" de GUO est bien l'enceinte d'une ville !!! C'est même l'enceinte des palais, c'est même celle de la cité Interdite § C'est le sens premier de GUO : la ville !

Pourquoi ? La Chine est avant tout, comme aujourd'hui, un pays rural (20% seulement des chinois habitent en ville aujourd'hui..) Quel est donc le statut de la ville ? C'est tout simplement le siège du pouvoir ! C'est là qu'habite le mandarin, à partir des Han, ou le feudataire, à l'époque pré-impériale (dynastie Zhou) Vous savez que le caractère CHENG signifie à la fois MUR (Chang cheng= grande muraille) et VILLE : Chengshi : la ville) Pourquoi cette confusion ? Parce que les villes chinoises ont toujours été entourée de murs : ces murs n'avaient pas tant une fonction militaire qu'un fonction symbolique. C'est derrière le mur que gouverne le prince : il est invisible, et c'est ainsi qu'il est efficace ! Le mur marque la rupture entre le monde rural, commun, des LAOBAIXING ("les vieilles cent familles" = les "gens du commun") et le pouvoir. (A suivre)

Mais c'est bien en ville, c'est à dire derrière les murs des palais, que l'on décide de l'étendue de son pouvoir : "le pays de Chu", par exemple, est une idée définie par le prince de Chu, ...le peuple, lui, est totalement indifférent à cette réalité : d'ailleurs, le "patriotisme" (AIGUO) est une idée récente également : 19° siècle !!!! Avant, le peuple étatit asservi, il travaillait la terre sans se soucier de ce qu'elle fût de Chu ou de Qi. C'est donc en ville que le souverain définissait l'étendue de son pouvoir. C'est par GUO que l'on désignait la ville (GUOREN, en chinois classique désigne les "gens de la ville"), les lettrés devinant quelle étendue était couverte par le pouvoir détenu en ville. Ceci est très important pour comprendre la politique en Chine, ses institutions, etc....

 

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