LA DYNASTIE SONG (960-1279)
Dynastie brillante et humaniste (" RMI ", greniers impériaux garantissant la survie des paysans pauvres et prévenant l’inflation en cas de famine, notons au passage que sous les Song, la Chine passe à l’économie de marché…) C’est une dynastie dans la droite ligne des Tang (618-907) mais qui présente quelques symptômes d’un début de dégénérescence chinoise.
Sous les Song, on se prend de passion pour les collections d’antiquités. Un empereur de cette dynastie organise des fouilles archéologiques : la Chine regarde vers son passé, se prend à regretter " les temps anciens ".
C’est sous cette dynastie que naît un mouvement culturel de grande importance le " Lixue ",
" L’étude de la Raison ", ou néoconfucianisme. Après le " triomphe " du bouddhisme sous la dynastie Tang, les Song, c’est le retour de flamme ! Le clergé bouddhiste est renvoyé à la vie civile et les monastères et terres confisqués. On revient " aux vraies valeurs " chinoises, le confucianisme. Si les textes du lixue (néoconfucianisme) sont remarquables (c’est dans cette mouvance qu’a été inventé le taijitu, le fameux symbole " noir et blanc " du yin et du yang), ils correspondent bien à un retour en arrière, à une dérive passéiste, un rempli identitaire. La Chine semble se lasser des influences étrangères…. La Chine a peur….
Il faut dire à leur décharge que la menace était bien réelle : les peuples de la steppe, autrefois divisés et pour cette raison peu inquiétants, commencent à s’organiser, créent des institutions modernes et efficaces…
Pour preuve : au XI° siècle, le peuple des Khitans, venu de la steppe, envahit le nord de la Chine et fonde la dynastie des Liao.
Au XII° siècle, ce sont les Jürchen, venus de la (future) Mandchourie, qui envahissent à leur tour le nord de la Chine, chassant les Khitans.
Mais au XIII° siècle, ce sont les Mongols qui attaquent : après trois générations de combats (de Genghis Khan, à partir de 1206, jusqu’à son petit fils Kubilaï) la Chine est entièrement soumise au début des années 1280.
Kubilaï fonde la dynastie Yuan.
LA DYNASTIE YUAN (1271-1368)
" La dynastie Mongole "
La dynastie Yuan correspond pour les chinois à une période d’occupation. Il est vrai que leur politique discriminatoire était féroce et ils se sont appliqués à piller la Chine pendant un siècle.
Cela dit, leur occupation a été très riche. Leur tolérance religieuse était immense et leur influence sur la littérature chinoise décisive : parlant le chinois mais ce qu’on appelle la " langue vulgaire " (le contraire du wenyan, la langue classique des lettrés) ils ont hissé cette langue vulgaire jusque dans les hautes sphères du pouvoir. Ceci aura pour conséquence de décomplexer celle-ci et permettre l’émergence de ce qui allait devenir la langue chinoise moderne.
A la fin de leur règne, leur tyrannie sur les chinois, la corruption qui les gagnèrent et des famines entraînèrent des révoltes paysannes nombreuses. La plus importante d’entre elles, fut celle des Turbans Rouges.
Un jeune ouvrier agricole misérables, ZHU Yuanzhang, s’y joignit. Bon meneur d’hommes et stratège efficace, il monta vite en grade jusqu’à celui de général. Ambitieux et rusé, il se débarrassa vite de ses rivaux et devint le chef du mouvement.
En 1368, il renvoya les mongols dans leurs steppes. Il est considéré comme le libérateur de la Chine. Il fonda alors une dynastie, celle de " la lumière " : les MING.
LA DYNASTIE MING (1368-1644)
" La dynastie de la restauration nationale. "
La dynastie Ming sera abordée plus en détail au prochain semestre. Nous n’évoquerons ici que le fait que, malgré son aspect brillant tant sur le plan économique et culturel, elle fut particulièrement réactionnaire et mena une politique isolationniste. Les Ming institutionnalisent la dérive frileuse et passéiste des Song.
Les Ming bâtirent une nouvelle muraille, symptôme de cette politique d’enfermement qui mènera à la ruine du XIX° siècle…
A la fin de leur règne, les révoltes paysannes se multiplient. Celle menée par LI Zicheng est terrible. Pendant ce temps-là, les peuples au nord-est de la Chine se fédèrent et fondent la Mandchourie. Profitant du chaos qui règne en Chine et à al demande même de certains politiques Ming, ils envahissent la Chine. Ils n’ont pas attaqué Li Zicheng, et au contraire, ont protégé sa marche sur Pékin. Au cours du siège de la capitale, le dernier empereur Ming, Chongzhen, se suicide par pendaison. Li Zicheng, qui se voit empereur, est chassé par les mandchous qui s’emparent de la Chine et fondent la dynastie des QING.
LA DYNASTIE QING (1644-1911)
" La dynastie mandchoue "
La dynastie Qing est la dernière de l’histoire impériale de la Chine.
Elle se divise nettement en deux parties :
La première est particulièrement brillante, à tous points de vue. L’économie chinoise est florissante, au XVIII° siècle, la Chine est le premier exportateur mondial de produits de luxe, son agriculture est la plus riche tant sur le plan quantitatif que qualitatif, etc… Cette prospérité économique est remarquable car à cette époque, l’économie est déjà mondiale !
Deux règnes furent exceptionnels : celui de Kangxi (1662-1723) soit 61 ans de règne, le plus long de toute l’histoire de Chine. Soucieux de se montrer un fin lettré, il se fit " plus chinois que les chinois " et montra une formidable application à devenir un fin lettré. Ceci encouragea les arts et la vie intellectuelle de façon remarquable. On lui doit notamment d’avoir fait rédiger un dictionnaire de référence, qui fait encore autorité aujourd’hui. Et cela montre aussi la capacité d’assimilation chinoise, qui absorbe tout ce qui la touche : ce sont bien les mandchous qui sont devenus chinois et non les chinois qui sont devenus mandchous !
Règne de Qianlong (1736-1796), soixante ans de règne. Il abdiqua même pour ne pas commettre l’affront de régner plus longtemps que son illustre grand-père. (il est décédé en 1799).
Cette période est celle du début des contacts réguliers et profitables entre la Chine et l’occident. Les jésuites se rendaient en grand nombre en Chine à cette époque, à la suite du premier d’entre eux, Matteo Ricci, mort en Chine en 1610. Cette époque est qualifiée de " sinophile ". Les jésuites ont été les premiers à traduire (en latin généralement) les classiques chinois, contribuant à les faire connaître à l’occident. Ceci eut une influence immense sur les philosophes des Lumières, découvrant d’une part une civilisation dont les institutions impériales sont basées sur le principe de la méfiance envers les nobles et leur mise à l’écart, et d’autre part un peuple raffiné, moral et humaniste qui pourtant ne croit pas en dieu : l’hégémonie de la religion chrétienne en est sérieusement et à terme, définitivement ébranlée.
La fin du règne de Qianlong correspond à la fin de cette Chine brillante et prospère. Les dernières années de son règne sont entachées par la corruption et les trafics d’influences néfastes des eunuques de la Cité Interdite. D’autre part, la crise économique s’installe : la monnaie chinoise, le taël, indexée sur l’argent, perd de sa valeur face eaux monnaies étrangères indexées sur l’or.
LA RUINE DE LA CHINE :
A la fin du XVIII° siècle pour l’Angleterre, au début du XIX° siècle pour le reste de l’Europe, c’est la révolution industrielle. Ceci signifie que les économies occidentales ont besoin de se développer et chercher ailleurs des débouchés.
L’Ambassade de Mac Cartney, fin XIII° siècle, est un échec : le lord anglais, reçu par l’empereur, refuse de se plier au protocole. Mais les chinois, encore accrochés à une vision confucéenne et taoïste du monde, refusent de se lancer dans la " chose barbare " (le " progrès " technologique) et refusent aux anglais, comme aux ambassades suivantes de toutes nations, les droits commerciaux et industriels sollicités.
Devant cet échec, l’occident réagit de bien curieuse façon : l’importation massive d’opium en Chine. La consommation, la vente et la chimie de l’opium sont interdits en Chine depuis longtemps, les chinois en connaissant depuis longtemps les effets sur la santé. Les anglais, installés en Inde (ainsi que les français dans leurs comptoirs tel Pondicherry, Yanaon, etc…) peuvent produire l’opium en très grande quantité. Le résultat ne se fait pas attendre : le commerce illégal d’opium en Chine, qui rapporte des fortunes à nos économies, contribue à accentuer la crise économique en Chine. En effet, tout l’argent dépensé par les chinois pour acquérir la drogue échappe au fisc chinois qui s’appauvrit d’autant.
En 1840, à Canton, un fonctionnaire Qing fait saisir et détruire la cargaison d’opium de deux navires anglais. La réaction anglaise est immédiate : l’agression militaire. C’est la première guerre de l’opium. Guerre éclair qui aboutit à la rédaction du Traité de Nankin, qualifié par les chinois (avec d’autres traités qui suivirent) de " Traités inégaux ".
Ceux-ci condamnent la Chine au versement d’indemnités de guerre, et surtout permettent aux occidentaux d’obtenir ce qu’on leur avait refusé : des droits commerciaux et territoriaux. La Chine est désormais " ouverte ", par la force. C’est le début des " concessions ", enclaves extra-territoriales, notamment dans les ports, à Shanghai notamment. C’est à cette période que le développement fulgurant de ce petit port de pêche commence pour en faire la capitale économique de la Chine.
La crise économique en Chine est accentuée en outre par le fait que les traités inégaux imposent à la Chine la valeur des taxes que le gouvernement Qing est en mesure d’appliquer aux produites étrangers. Ces taxes sont ridicules : 1,5 % maximum ! On ruine la Chine et on l’empêche de s’enrichir !
D’autre part, la crise est amplifiée par des révoltes populaires terribles, notamment celle des Taiping qui, de 1850 à 1864, à privé une bonne partie de la Chine du Yang-tsé du contrôle Qing. Guerres, répressions, chômage, perte des récoltes, dénatalité, famines, épidémies, crise économique désastreuse… voilà la Chine du XIX° siècle !
L’ARRIVEE DE TSEU-HI SUR LA SCENE CHINOISE :
En 1861, l’empereur Xianfeng décède. C’est Tongzhi qui lui succède mais aussitôt, l’impératrice douairière Tseu-hi (Cixi) prend les rênes du pouvoir.
Celle-ci est une personne insaisissable et ambiguë, qui va lancer des réformes intelligentes tant en faisant montre d’un conservatisme bêlant. Elle reste cependant dans l’histoire le dernier grand souverain de la Chine impériale.
Elle décide le principe de " xi yong, zhong ti " (" L’efficacité occidentale, l’esprit chinois ") : tout en gardant les valeurs " immuables " de la Chine traditionnelle, " on va combattre les européens avec leurs propres armes ".
Tseu-Hi fait créer un institut des langues étrangères, une armée moderne avec des armes modernes, des universités. C’est ce dernier point qui a produit l’effet contraire de celui espéré par le douairière.
En effet, dans un premier temps, les étudiants chinois ont été envoyés à l’étranger (Japon, Europe, Usa) : ils vont y découvrir la culture étrangère et se prendre de passion pour elle. Très symptomatique, leur passion pour les théories de Darwin qui annonce que " les espèces qui n’évoluent pas meurent ". les intellectuels chinois ont trouvé là une explication remarquable selon eux de la ruine chinoise.
Très vite, les intellectuels chinois à l’étranger se regroupent, débattent, et deviennent des réformateurs dans l’âme. ceci est accentué par le fait que on se souvient alors que le pouvoir Qing, responsable de la ruine chinoise selon ces intellectuels chinois, sont des mandchous ! La nationalisme anti-mandchou, déjà très présent dans la population, devient un ciment fort de ces réformateurs.
L’HISTOIRE S’ACCELERE :
Au printemps de 1898, l’empereur Guangxu lance un train de réformes imitant les réformes " meiji " du Japon, tentant de lancer la Chien sur la voie du progrès. Tseu-hi est écartée. Pendant trois mois, (les " 100 jours de Guangxu "), le pouvoir semble être rendu au souverain en titre. Mais les réformes sont des échecs, et Tseu-hi reprend le pouvoir, fait enfermer l’empereur au Palais d’Eté de Pékin, fait exécuter quelques réformateurs, - les autres s’enfuient au Japon, très accueillants de tous ceux qui sont susceptibles de saper le géant chinois -, et reprend le pouvoir.
1900 : La secte des Yihequan se révolte dans la province du Shandong. Tseu-hi fait mater celle-ci mais se montre plutôt " molle "… Elle a une idée derrière la tête !
Le mouvement, guère affaibli se révolte à nouveau et s’empare, dans la panique générale des occidentaux, de la ville de Tien-tsin ( à une centaine de kilomètres de la capitale). Tseu-hi, s’enfuit à Xian, et ce faisant, libère Pékin : les Yihequan foncent sur la capitale. C’est la révolte des Boxers.
Tseu-hi espère que les boxers chassent les étrangers. C’est les surestimer, et surtout sous-estimer la réaction occidentale ! La contre-attaque est immédiate et fatale. Les boxers sont écrasés, réprimés férocement. Tseu-hi a joué, elle a perdu, et rentre à Pékin.
Devant l’ampleur du désastre, elle promet alors, fait unique dans l’histoire de la Chine, l’établissement d’une monarchie parlementaire ! Des assemblées provinciales seront crées, puis une assemblée nationale ! La démocratie est bout du chemin !
Forcément, les réformateurs se sentent pousser des ailes. Parme eux, le plus charismatique et influent, le docteur SUN Yat-sen (Sun Zhongshan en chinois).
L’EFFONDREMENT DE L’EMPIRE :
Mais, en 1908, à deux jours d’intervalle, l’empereur ainsi que Tseu-hi (…hum…. Empoisonnement ?) décèdent !
C’est la mise sur le trône du fameux " empereur-enfant ", l’empereur Xuantong, plus connu sous son nom de Puyi, mis en place à l’âge de trois ans ! ! ! C’est son père, le prince Chun qui assure la régence et c’était là un très mauvais choix !
Ce dernier n’a aucune sympathie pour ces réformes et par touches successives, les rend illusoires et caduques. Privant les réformateurs de leurs espoirs démocratiques, ces derniers vont passer du statut de réformateurs à celui de révolutionnaires.
Le 9 mars 1911, à Hankou, banlieue de Wuhan, le local des futurs insurgés explose pour une raison inconnue. La police y découvre la liste des conjurés. Le lendemain matin, ces derniers, paniqués, lancent avec le concours de LI Yuanhong l’assaut de la ville. Les fonctionnaires Qing s’enfuient paniqués. La nouvelle se répand très vite en Chine, et au bout de quelques mois, le sud de la Chine a fait sécession. C’est la révolution " Xinhai ", la Révolution chinoise !
Cependant, celle-ci, insuffisamment préparée, est fragile et menacée. Le pouvoir rappelle à ses ordres un certain YUAN Shikai, arriviste amer alors en exil pour avoir participé aux " 100 jours de Guangxu ". Le prince Chun lui confie l’Armée du Nord, cette armée puissante et moderne crée par Tseu-hi, pour aller mater la révolte.
Yuan Shikai reprend Nankin aux insurgés, montrant ainsi qu’il est " l’homme fort ". Il poursuit sa route vers Wuhan que Sun Yat-sen avait ralliée. Yuan arrête sson armée à peu de distance de Wuhan et négocie avec Sun Yat-sen :
En échange d’une alliance, d’un " retournement de veste " contre le pouvoir Qing, Yuan Shikai demande la présidence de la future république. Sun Yat-sen, lucide, sait qu’il n’a pas le choix (Yuan Shikai peut détruire la révolution trop facilement) : l’accord est passé…
Yuan Shikai remonte sur Pékin et dépose le prince Chun, vaincu, lâché de toutes part, impuissant, piégé…
…. C’EN EST FINI DE 2133 ANS DE PERIODE IMPERIALE EN CHINE ! ! ! ! !
(L’acte d’abdication officiel fut signé le 12 février 1912)
Le premier janvier 1912, Sun Yat-sen proclame à la radio l’avènement de la République de Chine et en confie aussitôt la présidence à YUAN Shikai, comme convenu…
Nb : Cette République de Chine existe toujours : à Taïwan.
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